Solutions fondées sur la nature et économie

Le constat de France Assureurs (FFA) est sans appel : en 2024, le coût des événements naturels en France a atteint 5 milliards d’euros, faisant de cette année la 9ᵉ plus coûteuse pour la profession. Depuis la création du régime des catastrophes naturelles, face à l’explosion des sinistres, l’ingénierie « grise » (le béton) montre ses limites autant techniques que financières. C’est là que les solutions fondées sur la nature (SfN) entrent en scène, non plus comme argument écologique mais comme réponse économique.

L’enjeu n’est plus de convaincre que les arbres rafraîchissent ou que les zones humides ont de la valeur. Le vrai défi est de le chiffrer et de montrer à quelle hauteur et dans quel contexte dépenser aujourd’hui nous permet de ne pas avoir à réparer et de dépenser plus demain.

Une étude publiée dans Cell Reports Sustainability en mars 2025 apporte des éléments de réponses concrets.

83 projets concrets sous la loupe

Le résultat central : pour 1 euro investi dans la nature, la société évite en moyenne 2,8 euros de coûts futurs. Ce retour sur investissement agrège les bénéfices sur quatre services : mitigation des canicules,
régulation des inondations, séquestration carbone et protection contre les glissements de terrain.

Les performances varient selon le type d’écosystème restauré :

  • La plantation forestière active se révèle être un bouclier physique particulièrement efficace : elle réduit la probabilité de glissement de terrain de 20,5 % et améliore la capacité de refroidissement lors des canicules de 99 %.
  • Les zones humides se distinguent pour la séquestration carbone avec des gains significatifs (+99 à 133 % dans les zones étudiées) bien que leur contribution à la régulation des crues puisse être limitée lorsqu’elles sont déjà saturées lors d’épisodes extrêmes.
  • Les SFN urbaines (espaces verts, toitures végétalisées) affichent une rentabilité élevée notamment sur la régulation des inondations et des vagues de chaleur, même si leur contribution à la biodiversité reste plus faible.

Le poids de l’eau

S’il ne fallait retenir qu’un seul chiffre, c’est celui de la gestion de l’eau : 92 % de la valeur monétaire totale générée par ces solutions provient de leur capacité à réguler les inondations. Avec une valeur estimée à 371 498 € par hectare, la régulation des crues est le service le plus précieux.

Pourquoi ? Parce que le coût de reconstruction d’un pont, d’une route ou d’un quartier sinistré est infiniment plus élevé que le coût d’entretien d’une zone d’expansion de crue naturelle.

Une étude utile, à lire avec ses nuances

Ces résultats, solides et inédits dans leur périmètre, ont toutefois une limite importante : ils portent sur les Alpes, qui constituent un environnement spécifique. Les bénéfices obtenus ne sont pas mécaniquement transposables à des plaines agricoles, des zones côtières ou des agglomérations françaises. L’étude elle-même appelle à une « approche intégrée, à l’échelle du territoire » pour maximiser les co-bénéfices.

Ce qu’on observe à la Coop

Cette étude illustre une tendance plus large : les SfN sortent des discours environnementaux afin d’entrer dans les tableurs financiers des risk managers. Ce qui était perçu comme un investissement vertueux devient un argument de résilience économique quantifié. Et dans un contexte où les primes d’assurance climatique vont continuer d’augmenter, les organisations qui auront anticipé ce changement de paradigme bénéficieront d’une longueur d’avance. Investir dans la nature, c’est protéger notre capital économique futur.

SOURCES

  • https://www.optionfinance.fr/entreprise-expertise/macf-quels-impactspour-les-importateurs-europeens-a-compter-de-2026.html
  • https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/mecanismedajustement-carbone-aux-frontieres-macf
  • https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2949790625000321
  • https://www.franceassureurs.fr/qui-sommes-nous/notre-raison-detre-etnos-missions/