
Depuis le 1er janvier 2026, importer de l’acier ukrainien ou du ciment turc en Europe a un nouveau prix : celui du carbone. C’est le principe du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF), une réglementation européenne qui entre dans sa phase opérationnelle après deux ans de mise en route progressive.
Une logique d’équité dans la concurrence
Les industriels européens paient depuis 2005 un prix sur leurs émissions de CO₂ via le marché carbone européen (EU ETS). Un acier produit en Allemagne supporte ce coût. Un acier produit en Chine, non. Résultat : une distorsion de concurrence qui pousse à délocaliser la production hors d’Europe, non pour des raisons économiques profondes, mais pour échapper à la contrainte climatique. C’est exactement ce que le MACF vise à corriger.
Le mécanisme est simple dans son principe : tout importateur de produits carbonés (acier & fer, aluminium, ciment, engrais azotés, hydrogène, électricité) doit acheter des certificats MACF, dont le prix suit celui des quotas carbone européens. Un seuil minimum de 50 tonnes cumulées par an est mis en place pour les marchandises solides ; il n’y a pas de franchise pour l’électricité et l’hydrogène.
Si le pays d’origine possède une tarification carbone, elle vient en déduction : il n’y a ainsi pas de double taxation.
Ce qui change concrètement en 2026
La phase de transition (2023–2025) n’imposait que du reporting. Désormais, c’est du réel : obtention d’un statut de déclarant autorisé, suivi des émissions importées, et à partir de février 2027, achat effectif des certificats pour l’année 2026 (restitution attendue en septembre 2027). Le prix du carbone européen, bien que volatil, représente un surcoût significatif sur les produits les plus carbonés (autour de 60-65 €/tonne début 2026). Pour les Directions Achats qui n’anticipent pas, cela peut contraindre très fortement les marges.
Le vrai signal : le carbone sort de la RSE
Ce que révèle le MACF, c’est moins une contrainte technique qu’un changement de culture. Jusqu’ici, le carbone était souvent vu comme un sujet de reporting, de communication, de réputation. Avec le MACF (comme avec la SNBC ou la CSRD), il devient un paramètre de gestion et de comptabilité : coût d’achat, choix de fournisseurs, exposition au risque prix. Le carbone n’est plus une externalité ou une « option verte ». Il devient un poste de coût que les directions financières vont devoir apprendre à piloter.



