Festival de Cannes : le tapis rouge se met au vert

Commençons par un peu d’histoire

Le Festival de Cannes n’est pas né pour les paillettes. En 1938, face à une Mostra de Venise sous influence fasciste, la France crée un festival de cinéma « libre ». Depuis 1946, il est devenu l’un des événements culturels les plus suivis au monde : 39 000 professionnels de 160 nations, 12 jours, une empreinte carbone évaluée à 49 100 tCO2e lors du premier bilan réalisé en 2019, dont plus de 90% provient des impacts indirects.

Eviter, valoriser : agir sur tout ce qu’on maitrise en direct

Depuis 2021, le Festival a construit sa politique autour du désormais classique triptyque réduire, valoriser, contribuer. Sa trajectoire : alignée sur les objectifs du GIEC et de l’Accord de Paris, elle engage le Festival à réduire ses émissions d’au moins 21 % d’ici 2030 par rapport à 2019, avec un objectif optimal à 43 %. Soit une réduction minimale de 10 300 tCO2e. Deux postes concentrent les efforts du Festival : le nombre de participants et leurs moyens de venir jusqu’à Cannes (90% de son empreinte en 2019) et les aménagements et équipements (5,5% de son empreinte en 2019).

Les efforts de réduction se sont concentrés sur les leviers que le Festival maitrise directement : voitures officielles électriques, accès gratuit aux transports en commun pour tous les accrédités, suppression des bouteilles en plastique, changement du tapis rouge divisé par trois (1,4 tonne de matière économisée), suppression de la viande bovine dans les repas officiels, végétalisation des menus.

La valorisation se concentre sur les déchets : 99 % des déchets sont valorisés notamment à travers un partenariat avec la Réserve des Arts, association spécialisée dans le réemploi de matériaux du secteur culturel. 7,2 tonnes de matières bénéficient ainsi d’une seconde vie.

Contribuer : une démarche automatique et significative

L’empreinte du Festival est structurellement difficile à réduire : 90 % provient des déplacements des participants (dont 10 % de cet impact provient de jets privés), sur lesquels l’organisation n’a qu’une maîtrise partielle. Face à ce constat, le Festival a fait un choix méthodologique clair : ne pas se limiter à ce qu’il contrôle directement, mais intégrer l’ensemble des scopes dans son bilan et agir aussi sur ce qu’il ne maîtrise pas, par une démarche de contribution carbone volontaire.

Le mécanisme mis en place est simple : 24 € TTC (20 € HT) prélevés sur chaque accréditation, reversés à des projets de contribution. Ce système permet de récolter en moyenne 800 000 € par an auquel le Festival rajoute une enveloppe de mécénat environnemental de 100 000 €.

Ce qui est remarquable ici, c’est à la fois le montant, qui est significatif mais aussi l’architecture. Le Festival est directement allé sur une logique de contribution (et non de compensation) pour le choix de ses projets et a mis en place un montant systématique et équivalent pour l’ensemble des participants.

Ce qui intéresse la Coop

Le Festival de Cannes ne peut pas révolutionner son modèle du jour au lendemain, d’autant qu’il assume son positionnement et son rayonnement mondial. Une grande partie de son impact écologique dépend des habitudes de ses participants, et transformer ces pratiques est un processus de longue haleine. En attendant, le Festival illustre ce que peut être une politique de contribution carbone bien construite pour un grand événement : non pas un mécanisme de neutralisation d’une empreinte trop lourde, mais un outil de financement de la transition, ancré dans une démarche de réduction.

Clara Bonzon,Responsable RSE du Festival de Cannes

Depuis 2021, vous avez instauré une éco-contribution carbone de 24 € HT pour les accrédités. Quel bilan en tirez-vous aujourd’hui ?

« À ce jour, nous n’avons reçu aucun retour négatif. Au contraire, les festivaliers se montrent très compréhensifs, voire encourageants. Nous communiquons régulièrement par e-mail, par des affichages au Festival ou sur notre site internet pour les informer des projets financés. »

Sachant que 91 % de vos émissions sont liées aux déplacements des participants, quelles mesures concrètes prenez-vous pour encourager le changement ?

« Nous avons lancé une mesure test cette année. Pour inciter les professionnels britanniques à délaisser l’avion, nous avons mis en place un dispositif incitatif : le Festival rembourse 100 € des frais d’accréditation au Marché du Film aux accrédités britanniques effectuant le trajet aller-retour entre le Royaume-Uni et Cannes en train. Cette population a été sélectionnée parce qu’elle est très nombreuse au Marché et prend actuellement peu le train, c’est un coup de pouce significatif quand on sait que le coût de l’accréditation au Marché se situe autour de 500 € . »

Quels sont vos critères de sélection pour les projets environnementaux financés ?

« La sélection est opérée par un comité d’experts indépendants. Notre particularité est de ne pas raisonner en volumes de CO2 à compenser, mais en fonction du budget, qui est fixé chaque année par le total de l’éco-contribution payée par nos accrédités. Notre objectif n’est pas de compenser nos émissions, mais de soutenir des projets qui sont vertueux pour l’environnement, en France et partout dans le monde. Nous acceptons de financer des projets où le coût à la tonne est plus élevé, si cela nous permet de soutenir des initiatives plus rigoureuses et qualitatives.

Nos critères prioritaires sont la rigueur scientifique du projet, évaluée par notre comité d’experts, la certification des projets, qui permet d’avoir une garantie sur leur sérieux, et les co-bénéfices, car nous privilégions les actions qui vont au-delà du carbone, comme la préservation de la biodiversité ou le soutien aux économies locales. »