Artera Bio – L’art de la résilience et de l’innovation

Cette semaine, nous mettons en lumière le projet de transition agroécologique de Florian Strube soutenu par Bio en Hauts-de-France, structure de développement de la bio membre du réseau de la FNAB (Fédération Nationale de l’Agriculture Bio). Bien plus qu’une exploitation agricole, Artera Bio est une histoire de transmission. Reprise en 1990 par son père et développée par Florian et sa femme Daniela depuis 2003, la ferme fusionne philosophies française et allemande pour bâtir un modèle agricole durable, transmissible et résilient.

Une mutation stratégique portée par les enjeux hydriques

Située dans le Bassin d’Alimentation de Captage (BAC) de Baugy, où la ressource en eau est historiquement sous pression, l’exploitation de 255 hectares accélère sa trajectoire de durabilité depuis quelques années.

Après avoir converti 95 ha en bio en 2018, Florian et Daniela prévoient la conversion totale des 160 ha restants d’ici 2027. La ferme, mêlant grandes cultures et légumes industriels, repose sur un pilier écologique majeur : 77 hectares de prairies et luzerne. Cette part importante du système (près d’un tiers de la ferme) agit comme un bouclier, limitant la lixiviation des nitrates, protégeant activement les nappes de captage locales et maîtrisant le développement des mauvaises herbes.

Membre du GIEE (Groupement d’Intérêt Économique et Environnemental) SysRIV[AG1] , le projet se distingue par une exigence technique élevée et l’engagement « zéro pesticide » se double d’une gestion millimétrée de l’eau : dans une zone à quotas limités, chaque mètre cube est valorisé par une irrigation de précision.

L’autonomie comme moteur de fertilité

Florian et Daniela opèrent une rupture franche avec le modèle conventionnel en arrêtant totalement l’usage des engrais industriels. À la place, ils instaurent un cycle vertueux en économie circulaire locale : grâce à une plateforme de compostage alimentée par des centres équestres voisins et des échanges fourrage/fumier avec des éleveurs locaux, la ferme produit chaque année environ 1 000 tonnes d’amendement organique. Ce qui lui permet d’être autonome en intrants.

La fertilité du système est renforcée par une agronomie de précision : l’introduction massive de légumineuses fixatrices d’azote et de luzerne régénère naturellement les sols. Ce cercle est complété par un centre équestre avec une écurie active et 249 poules en poulailler mobile qui assurent une fertilisation dynamique tout en optimisant le bien-être animal.

Performance environnementale et souveraineté territoriale au service d’une alimentation de qualité. L’impact environnemental s’étend également à la biodiversité active, avec la plantation de 2 km de haies pour restructurer le parcellaire. Enfin, pour garantir une valeur ajoutée locale, le lavage, le tri et le conditionnement des légumes sont effectués directement sur la ferme, pour ensuite alimenter les bassins de consommation d’Île-de-France et des Hauts-de-France.

FLORIAN STRUBE
Gérant de Artera Bio

Pourquoi ce type de démarche est-il important pour vous ?

« En 2018 j’ai considéré mon modèle conventionnel comme au bout du mur (et les évolutions des dernières années me l’ont confirmé). J’ai cherché des solutions pour redonner du sens à mon activité en les mêlant avec l’envie de nouveaux challenges. Le basculement vers le bio donne une cohérence à notre approche de durabilité, responsabilité et performance économique (critères définis au sein de notre famille). Aujourd’hui nous avons une perspective pour notre entreprise et nous espérons que cette perspective lui garantira une transmissibilité vers la prochaine génération. »

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?

« Le changement d’un système en agriculture est toujours très long, car il se passe au rythme des saisons. Donc il faut avoir la patience et aussi les reins solides pour passer les années de transition qui sont, comme souvent dans le monde agricole, très intensives en capital. »