C’est un investissement !
En septembre 2025, la Cour des comptes a publié son premier rapport annuel sur la transition écologique. Ce rapport dresse un état des lieux d’ensemble de l’action publique, tente d’en évaluer la cohérence et l’efficacité et propose des recommandations pour accélérer la mise en œuvre de la transition, dans un contexte de finances publiques dégradées. Il a pour ambition de devenir un document annuel de référence, permettant d’éclairer les décideurs et le public.
Pour nous, c’est un rapport important, et pas seulement dans ses conclusions. C’est l’identité de son auteur qui change la donne : quand le garant de la rigueur financière nationale s’empare du sujet climatique, l’écologie quitte définitivement le champ des politiques « accessoires » pour devenir une question de solvabilité nationale. Ce rapport est un signal supplémentaire qui indique que la transition écologique doit devenir la colonne vertébrale de la programmation financière, publique comme privée.
À la Coopérative nous sommes convaincu.e.s qu’en retravaillant notre manière d’investir, nous ne nous contentons pas de répondre à une urgence climatique ; nous construisons le nouveau standard de la performance économique de demain.
Recommandations
- Objectifs sectoriels : Décliner des cibles précises de réduction carbone par secteur d’activité au sein de la stratégie nationale (SNBC).
- Feuille de route numérique : Consolider le pilotage des données et du numérique pour servir la planification écologique et son suivi.
- Gouvernance du SGPE : Renforcer le rôle du Secrétariat général à la planification écologique dans les arbitrages et la stratégie de financement.
- Financement pluriannuel : Présenter la trajectoire financière de la transition avant le débat budgétaire pour orienter les investissements de long terme.
- Efficacité des leviers : Prioriser les outils de politiques publiques les plus performants pour le climat et les moins coûteux pour l’État.
- Équité pour les ménages : Évaluer précisément la capacité financière des foyers pour répartir justement le coût des investissements de transition.
L’arbitrage central est posé en chiffres
Chaque euro investi en prévention permet d’économiser jusqu’à trois euros de dommages évités. Le statu quo ferait perdre 11,4 points de PIB à la France d’ici 2050, tandis qu’une transition ordonnée permettrait de limiter ce recul à 7 points. Investir tôt et massivement dans la transition écologique est un impératif environnemental autant qu’une décision rationnelle et économiquement pertinente.
Sur le financement, l’État ne peut pas agir seul. Les besoins s’élèvent à plus de 200 Md€ par an, dont 110 Md€ pour la seule atténuation du changement climatique d’ici 2030. Aujourd’hui, les acteurs privés (ménages et entreprises) assurent déjà la majorité de ces investissements (80%). La question n’est donc plus de savoir si le privé doit s’engager, mais comment mieux orienter ces flux vers les projets les plus efficaces. Or un investisseur privé ne s’engage dans la transition, hors obligation réglementaire, que si l’investissement est rentable. Déterminer cette rentabilité et évaluer les surcoûts est un préalable fondamental.
Le levier de la commande publique reste néanmoins fondamental et largement sous-exploité.
En décembre 2024, la Cour des comptes l’avait déjà documenté : avec 60 milliards d’euros d’achats annuels de l’État et de ses établissements publics (soit près de la moitié du total des marchés publics en France), la puissance publique dispose d’un levier considérable pour orienter l’investissement privé vers la transition. Et si les clauses environnementales progressent dans les marchés, leur exécution reste insuffisamment contrôlée, avec un risque de formalisme sans portée opérationnelle réelle. Or si 80 % des 200 Md€ annuels nécessaires viennent déjà du privé, c’est précisément la commande publique qui crée les conditions de marché capables de déclencher ces investissements à condition d’en assurer le suivi effectif.
Enfin, la Cour pointe une défaillance de gouvernance : le SGPE (Secrétariat général à la planification écologique, placé auprès du Premier ministre) a vu son influence réduite sous l’effet des priorités budgétaires et internationales. La Cour préconise qu’il retrouve sa double capacité de mise en cohérence et d’impulsion. Elle souligne aussi que les collectivités territoriales sont les échelons les plus appropriés pour mettre en œuvre les actions d’adaptation, de gestion de l’eau et de préservation des sols mais que l’articulation entre dynamiques locales et planification nationale reste imparfaite.
La Cour consacre ainsi une recommandation à la Stratégie pluriannuelle des financements de la transition écologique (SPAFTE), publiée pour la première fois à l’automne 2024, et demande qu’elle soit transmise au Parlement chaque printemps avant le débat budgétaire. Sa fonction est de présenter des ordres de grandeur et des leviers (sobriété, redirection des investissements) et les outils (subventions, réglementation, taxation) les plus efficaces dans un contexte budgétaire contraint.



